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Les délais liés au progrès de l'allongement de la vie

Cette page, une de mes cinq FAQs ("Foires Aux Questions"), regroupe les questions concernant les possibilités de durée de vie des individus selon leur âge. Les autres pages FAQ apportent des réponses aux:

- défis généraux à la crédibilité de SENS,
- critiques à propos de la façon dont je vais m'y prendre pour faire de SENS une réalité,
- préoccupations selon lesquelles combattre le vieillissement est une mauvaise idée ou une priorité de seconde importance, and
- questions portant sur les moyens d'aider l'effort de SENS.

Note: même si des liens séparent les points ci-dessous, je recommande de lire cette page en entier.

Pour aller à l'essentiel, combien de temps pourrai-je vivre?
Pourquoi engendrez-vous un optimisme peut-être injustifié concernant les délais?
Quand pourra-t-on démontrer que le vieillissement humain peut vraiment être résorbé?
Quand pourra-t-on disposer des premières thérapies de rajeunissement humain?
Combien de temps moi/mes enfants pouvons-nous espérer vivre?
Parviendrons-nous un jour à ne plus mourir involontairement de vieillesse (quel que soit l'âge)?
Pourrons-nous un jour disposer de thérapies nous permettant de ne plus mourir de vieillesse quel que soit notre âge? (ce n'est pas la même question!)
Pourrons-nous un jour faire en sorte de devenir nous-mêmes véritablement "non touchés par le vieillissement"?
Mourrons-nous tous un jour?
Ferons-nous un jour de nous des êtres immortels?

Pour aller à l'essentiel, combien de temps pensez-vous que je pourrai vivre?

La réponse à cette question est bien sûr spéculative, parce que cela dépend énormément de (a) à quelle vitesse la recherche avance et (b) combien de temps chacun est naturellement prédisposé à vivre sans même ces avancées. J'ai dit dans le passé que la première personne à atteindre l'âge de 1000 ans est probablement née en 1945, et que la première personne à atteindre 150 ans est probablement née en 1935, mais celles-là sont des personnes susceptibles de vivre naturellement jusqu'à 110 ans. Inversement, de nombreux individus ne sont pas prédisposés à vivre au-delà de 70 ans, et ils n'ont que très peu de chances de bénéficier de ces thérapies s'ils ont déjà 50 ans ou plus.

A cause de cette incertitude, je trouve préférable (à la fois pour moi-même et quand j'en discute avec les autres) de penser non pas en termes de combien de temps je pourrai vivre, mais plutôt de se focaliser sur trois autres choses:

1) Quelle que puisse être la probabilité de chacun de vivre jusqu'à un âge donné, chacun augmentera cette probabilité en agissant pour activer la recherche et en prenant soin de sa propre santé.

2) Les plus jeunes ont manifestement de meilleures chances d'en bénéficier, puisqu'il est plus probable qu'ils soient encore vivants quand les thérapies arriveront, donc si vous ne pensez pas que vos chances soient très bonnes, focalisez-vous sur le fait que les chances de vos enfants seront augmentées si nous accélérons ce travail.

3) A l'échelle mondiale, 100 000 personnes meurent des effets du vieillissement chaque jour. Par conséquent, si nous parvenons à vaincre le vieillissement même un seul jour plus tôt par nos actions d'aujourd'hui, nous sauverons 100 000 vies. Si nous avançons cette échéance d'une année, nous sauvons 35 millions de vies. Ce sont des nombres assez stupéfiants, et d'assez bonnes raisons d'agir ensemble sans délai.

Pourquoi engendrez-vous un optimisme peut-être injustifié concernant les délais?

Cela représente plus une critique à propos de la façon dont je vais m'y prendre pour faire de SENS une réalité, donc ma réponse est sur cette page.

Quand prouverons-nous que le vieillissement humain peut vraiment être réparé?

Il s'agit du premier jalon majeur de SENS, et je crois qu'il sera atteint avec les souris de laboratoire. Je considère aussi que ce sera le point décisif qui verra la société convaincue que remédier au vieillissement est très urgent, et que cela relancera une authentique "Guerre contre le Vieillissement".

Mon estimation concernant le moment où ce jalon sera atteint, s'il y a un financement adéquate, est d'ici à dix ans; il est presque certain que ce ne sera pas avant sept ans, mais très probable que cela arrive avant vingt ans. Si le financement est mal assuré, cette estimation pourrait être doublée.

Le degré de maîtrise que je considère suffisant, significatif, est la capacité à prendre une cohorte de souris d'une race dont l'espérance de vie normale est trois ans, de ne rien leur faire jusqu'à ce qu'elles aient deux ans, et de parvenir à les faire vivre une moyenne de trois années supplémentaires, c'est-à-dire de tripler leur durée de vie restante. Je l'appelle souvent le "Rajeunissement de la Souris Robuste" ("Robust Mouse Rejuvenation" ou RMR).

Vous pourrez trouver la justification détaillée de cette prédiction dans mes publications, qui sont ici.

La raison principale pour laquelle ce jalon importe tant est qu'il constituera le déclic pour un changement social énorme. Les changements concernant les choix de vie n'attendront pas l'arrivée de l'allongement de la vie humaine; ils adviendront dès l'instant où cette éventualité deviendra largement attendue.

Quand disposerons-nous des premières thérapies de rajeunissement?

Il s'agit du second jalon majeur de SENS, et il peut raisonnablement être défini par l'arrivée de thérapies qui accordent un report et une réparation du vieillissement humain proportionnels à ceux décrits pour les souris dans le jalon 1, c'est-à-dire en triplant notre espérance de vie restante avec des thérapies initiées lorsqu'on approche la soixantaine à peu près. Inévitablement, je l'appelle le "Rajeunissement de l'Humain Robuste" ("Robust Human Rejuvenation" ou RHR).

Mon estimation concernant le moment où ce jalon sera atteint, à partir du moment où l'objectif défini avec la souris est réalisé, est de 15 ans; il est presque certain que ce ne sera pas avant une période de cinq ans, et cela pourrait même se produire jusque 100 ans après le jalon 1. Notez que cette fois je n'émets aucune réserve concernant le financement, car je pense qu'il est inconcevable que ce travail puisse être ralenti pour cause de manque de fonds une fois que le jalon 1 sera réalisé.

Le mieux que je puisse faire pour justifier cela est de considérer le scénario selon lequel nous atteignons le jalon avec la souris sans avoir fait aucun progrès pas le moindre concernant les techniques dont nous aurions besoin pour le transférer aux humains. Les besoins principaux à ce stade-là seront extrêmement raisonnables et la thérapie génique efficace, à la fois de type introductive (en plaçant de nouveaux gènes dans les chromosomes) et de remplacement - les "gènes ciblés" - (en modifiant une séquence existante). Plusieurs approches de ces problèmes font déjà l'objet de recherches importantes actuellement, donc j'estime qu'un délai de 15 ans est un délai raisonnable, du moins si l'on considère que le financement a été accrû par le facteur qui peut être celui attendu lorsqu'une "guerre contre le vieillissement" a été déclarée. Toutefois, nous pourrions bien sûr faire erreur à propos du vieillissement de la même manière que Nixon a fait erreur en 1971 à propos du cancer, c'est pourquoi je donne une estimation limite supérieure de l'ordre de 100 ans.

Combien de temps moi/mes enfants pouvons-nous espérer vivre?

Clairement, cela dépend de l'âge que vous avez/qu'ils ont, mais j'estime pouvoir donner une prédiction assez précise relative au jalon précédemment défini. Je déclare que l'âge moyen de décès de ceux qui sont nés dans des pays riches au plus tôt 40 ans avant la réalisation du jalon 2, excédera 5000 ans.

De toutes mes prédictions, c'est celle qui stupéfie le plus la plupart des gens - et je le déclare pour des raisons pour le moins justifiées. Ma logique ici est assez simple:

1) Quand nous aurons réalisé le jalon 2, ceux qui auront accès aux thérapies en question présenteront un risque de mort qui n'augmentera absolument pas par unité de temps - ils ne vieilliront pas. Et ce parce que nous aurons identifié, caractérisé et résolu les aspects du vieillissement qui apparaissent à des âges de plus en plus avancés, avant qu'ils ne puissent engendrer un état extrêmement grave. Nous n'avons pas idée pour l'instant de ce dont nous aurons besoin pour demeurer en pleine santé à l'âge de 200 ans, mais c'est sans importance car nous n'aurons pas besoin de cette information pendant au moins encore 100 ans. Si nous prêtons juste attention aux choses qui commencent à apparaître lorsque nous atteignons l'âge de 180 ans dès que cela adviendra, de même que chez les chimpanzés âgés de 80 ans dès que nous disposerons d'eux, et en considérant la quantité d'efforts que nous y mettrons, nos chances de garder perpétuellement une longueur d'avance sur le problème sont très bonnes.

2) Actuellement, le risque de mort par unité de temps que les Occidentaux connaissent lorsqu'ils ont un peu plus de 13 ans est tel que s'il était maintenu indéfiniment, nous pourrions vivre jusqu'à environ 1000 ans en moyenne. (Ce calcul a été réalisé plusieurs fois avec différentes données et certaines personnes atteignent l'âge de 700 ans, d'autres 1200 ans; 1000 ans est un bon consensus.)

3) Je pense que notre aversion du risque augmentera nettement lorsque nous percevrons notre durée de vie de manière illimitée, si bien que cette espérance de vie de 1000 ans sera augmentée d'un facteur modeste; un facteur cinq reste ma supposition. C'est bien sûr compter sur le fait que notre aversion du risque soit omniprésente - cela s'appliquant à l'empressement d'aller à la guerre, l'effort pour renverser les nouvelles maladies infectieuses, etc, aussi bien que notre attitude vis-à-vis des simples accidents - mais je ne vois aucune raison pour qu'il n'en soit pas ainsi.

Beaucoup de gens, quand ils lisent cela, cessent immédiatement d'écouter parce que cela va bien au-delà de leur imagination - ils font des "détours" conceptuels. Et bien, si c'est votre cas, je vous en prie essayez de nouveau - et si vous préfèreriez un traitement plus mathématique, ne se focalisant pas autant sur la manière dont nous atteindrons ces taux de mortalité très bas mais plutôt sur ce que cela signifiera statistiquement, continuez à lire.

Parviendrons-nous un jour à ne plus mourir involontairement de vieillesse (quel que soit l'âge)?

Vous avez certainement deviné ma réponse à présent: pas exactement à ne plus mourir du tout de vieillesse, mais cela ne se produira plus que très rarement. J'ai donné un nom à ce concept récemment: je pense qu'une fois que nous aurons tiré parti de nos thérapies de rajeunissement avant que des améliorations deviennent nécessaires, comme cela a été décrit dans la partie précédente, nous aurons dépassé "l'allongement de la vie échappe à la vitesse". Voici ce que je veux dire, en détail.

1. Vitesse de libération actuarielle ou de la Population

La première chose à prendre en considération, ce sont les influences opposées du vieillissement et des progrès biomédicaux sur les risques de mort de chacun dans un avenir proche (disons l'année qui suit) alors que l'on prend de l'âge. Dans chaque population humaine, parmi les gens âgés d'environ entre 40 et 85 ans (la classe d'âge dans laquelle la plupart des gens meurent dans les pays développés), la proportion de gens d'un âge donné qui meurent au cours d'une année donnée est à peu près 10 % plus importante que la proportion de gens un an plus jeunes qui meurent cette même année, et 10 % moins importante que celle des gens qui sont au contraire plus âgés d'un an. Ce rapport exponentiel entre l'âge et le taux de mortalité a été remarqué il y a environ 180 ans et reste toujours constant à travers toutes les populations humaines examinées, ce qui est phénoménal - à la fois dans le sens où il y a un rapport exponentiel, et dans la constance de ce rapport.

Ce qui n'est pas constant, cependant, c'est l'"interception" de cette courbe - la proportion absolue de gens d'un âge N qui meurent au cours d'une année X. En particulier, beaucoup de progrès ont lieu pendant le même temps: les gens dans les pays les plus développés ont un taux de mortalité bien plus bas que ceux qui vivaient dans le même pays, au même âge, il y a 50 ans. C'est principalement le résultat des avancées médicales.

Là où cela devient intéressant, c'est lorsqu'on observe les conséquences que cela a sur les gens. Les individus d'un âge N au début d'une année X ne sont pas également âgés de N+1, N+2 etc. au début de cette même année: ils sont âgés de N+1 au début de l'année X+1, et ainsi de suite. Donc, cela signifie que même si le rapport entre la mortalité des gens âgés de N et celle des gens âgés de N+1 dans l'année X est 1,1 (et c'est encore 1,1 dans l'année X+1), le rapport entre la mortalité des gens âgés de N+1 dans l'année X+1 et la mortalité des gens âgés de N dans l'année X est inférieur à 1,1. Et ce rapport est ce qui importe pour les gens dans la réalité.

Vous pouvez probablement voir à présent où je veux en venir avec cela. A quelle vitesse les progrès médicaux doivent-ils être effectués pour permettre aux gens de cesser d'avoir un risque de mort en augmentation progressive dans l'année à venir alors qu'ils prennent de l'âge? De toute évidence, cela doit être suffisamment rapide pour que le risque de mort des gens âgés de N dans l'année X+1 soit 10 % inférieur à celui des gens âgés de N dans l'année X. Maintenant, voici le point déterminant: cette vitesse n'est pas ridiculement rapide. Si nous regardons en arrière au cours du dernier siècle à peu près, nous constatons que les taux de mortalité à certains âges ont véritablement diminué de façon rapide - pas tout à fait 10 % par an mais on a observé 3 % et souvent 2 %. Ainsi, le taux de progrès de 10 % par an est ce que j'ai appelé "se soustraire à la vitesse". Cela se définit en liaison avec la population, en observant les taux de mortalité, donc pour être précis c'est ce que j'appelle "la population se soustrait à la vitesse" ou "la vitesse de libération actuarielle" ("actuarial escape velocity"). Bien sûr 10 % n'est pas un plafond, et on ne peut pas aussi facilement anticiper un pourcentage exact de la baisse du taux de mortalité de 15 % ou 20 %, ce qui signifierait que le risque de mort d'un individu dans l'année à venir diminuerait véritablement au fur et à mesure qu'il prendrait de l'âge. La seule limite à cela est lorsque le vieillissement cesse d'être la cause principale de mort pour la plupart des gens à l'âge en question.

Maintenant, considérant cela, un problème potentiel se pose: inévitablement (même si ce n'est probablement pas pour toujours - voir ci-dessous) il se présentera de nouvelles choses qui tourneront mal chez nous alors que nous parviendrons à des âges sans précédent, et nous disposerons seulement d'un certain laps de temps pour les identifier, les caractériser et mettre au point un moyen de remédier à ces nouvelles difficultés avant qu'elles ne puissent tuer les gens. Cela pourrait représenter un vrai problème - si cela n'arrivait pas aux singes. Les singes peuvent nous sauver la mise, car ils sont (a) remarquablement semblables à nous, (b) incapables de parler, ce qui signifie qu'avec un impératif biomédical suffisant, nous aurons moins de scrupules à mettre leur vie en danger, et (c) sujets au vieillissement au moins deux fois plus vite que nous. Ainsi, nous ne savons pas encore de quoi devrons mourir les humains âgés de 200 ans, mais nous n'avons pas besoin de le savoir avant d'avoir des humains de cet âge-là, et à ce moment-là nous aurons pendant un temps étudié des singes âgés de 100 ans que nous aurons traités de la même façon que nous nous traitons nous-mêmes (régime de mauvaise qualité, pas d'exercice, mais toute la technologie d'allongement de la vie que nous employons pour nous-mêmes). Et pour la raison (a), ces singes auront déjà présenté les symptômes que les humains âgés de 200 ans présenteront, donc nous aurons travaillé depuis longtemps pour y remédier (chez les singes), ainsi le temps que ces symptômes apparaissent chez les humains, nous saurons comment les traiter de façon efficace. Le temps que nous atteignions l'âge de 300 ans, il en sera de même dans un délai encore plus important. Tout cela s'appuie sur l'idée qu'au moins quelques-uns de ces singes subiront toujours les mêmes problèmes que nous mais à moins de la moitié de notre âge, on peut le supposer sans trop s'avancer.

2. Vitesse de libération de l'individu

Jay Fox, l'un des arrivants les plus remarquablement brillants et énergiques sur la scène de l'allongement de la vie en 2004, a écrit une analyse très sérieuse sur le concept de la vitesse de libération. Dans cette analyse, il prête une attention particulière au point important selon lequel la vitesse de libération se définie sur les populations en termes de taux de mortalité, et par conséquent ce concept ne renseigne pas sur l'état de fragilité des gens. Il s'agit toujours d'une question importante sur laquelle il faut rassurer les gens, donc nous-y voici. Le problème est que les progrès biomédicaux à l'avenir, comme cela a été le cas dans le passé, peuvent réduire la vitesse de déclin des gens de la santé vers la fragilité et aussi leur vitesse de déclin de cette fragilité vers la mort. Ainsi en principe il est possible que la vitesse de libération comme définie plus haut - c'est-à-dire la vitesse de libération de la population - puisse être obtenue par de rapides améliorations soutenues dans notre capacité à maintenir en vie des personnes de plus en plus fragiles. Ce n'est pas du tout le but, bien sûr, et heureusement il n'y a aucune raison de craindre un tel scénario, car il est beaucoup plus difficile de maintenir quelqu'un en vie dans un état fragile que de l'empêcher en premier lieu de devenir fragile ou encore de redonner à cette personne fragile une grande vitalité. Ceci est démontré par exemple par le rythme d'évolution de la longévité dans les 20 dernières années: l'espérance de vie dans la plupart des nations a augmenté de deux années, mais aussi "l'espérance de vie en bonne santé". En d'autres mots, il n'y a eu que très peu de progrès dans le fait de maintenir en vie des personnes fragiles. Il n'y a aucune raison de penser que les choses seront différentes dans le futur à cet égard. Cependant, pour être plus précis, il convient de définir un second type de vitesse de libération, la vitesse de libération de l'individu. Il s'agit là de repousser le vieillissement suffisamment vite pour que la vigueur des gens, pas seulement leur probabilité de mort, soit maintenue au fur et à mesure qu'ils prennent de l'âge. La vigueur est plus difficile à définir et à mesurer précisément, bien sûr, mais nous disposerons alors à ce niveau-là de mesures objectives démontrées.

Aurons-nous un jour des thérapies qui nous empêcheront de mourir de vieillesse quel que soit notre âge?

Chaque variante du concept de vitesse de libération peut mieux définir l'autre. Même si nous sommes des machines extrêmement complexes, notre complexité est limitée, donc nous pouvons prévoir de façon réaliste qu'il viendra un temps où (bien que seulement dans un futur très lointain, d'ici plusieurs siècles) nous pourrons cesser d'améliorer nos thérapies de rajeunissement, car nous aurons déjà réparé tout ce qui finit naturellement par mal tourner avec le temps. C'est la situation dans laquelle nous sommes avec les voitures d'époque: il faut beaucoup de travail pour permettre à une voiture de continuer à rouler passé son 70ème anniversaire, mais si vous êtes disposé(e) à vous investir dans ce travail indéfiniment alors vous serez capable de la garder en état de marche indéfiniment - le nombre de choses que vous aurez besoin de réparer et la fréquence avec laquelle vous devrez le faire n'augmentera pas davantage. Il s'agit d'une version améliorée du concept de vitesse de libération de l'individu.

Si vous avez lu cette page depuis le début, vous comprendrez maintenant ma frustration quand les gens persistent à me ridiculiser en disant que dans quelques décennies nous aurons des thérapies qui nous permettront de vivre jusqu'à 1000 ans, quand je ne dis pas du tout cela.

Pourrons-nous un jour faire en sorte de devenir nous-mêmes véritablement "non touchés par le vieillissement"?

Une version encore plus renforcée serait d'atteindre un point où non seulement nos thérapies n'auraient pas besoin d'être plus améliorées au fur et à mesure que nous prendrions de l'âge, mais en plus elles n'auraient même plus besoin d'être répétées, parce que nous aurions totalement éliminé le vieillissement de nos corps. Il est concevable que cela puisse être obtenu par certaines transformations de nos corps en une forme purement électronique, sans véritables pièces mobiles, mais il est parfaitement certain que nous ne pourrions jamais obtenir cela avec des corps faits d'aucune matière vivante. Malheureusement on pourrait dire que cette version la plus extrême et la moins réaliste de la vitesse de libération individuelle est à vrai dire celle qui constitue la meilleure analogie au concept exact de vitesse de libération - mais bon, les analogies ne sont pas toujours parfaites.

Mourrons-nous tous un jour?

Un type intéressant de vitesse de libération concerne le risque de mort provoquée par toutes sortes de causes, liées à l'âge ou autre, et constitue une forme renforcée du concept de vitesse de libération actuarielle. Si nous obtenons la vitesse de libération actuarielle comme définie auparavant et que nous allons au-delà de celle-ci d'une certaine façon pendant longtemps, nous arriverons à un point où finalement personne ne mourra de vieillesse et d'ailleurs personne ne sera même fragile. Mais il demeurera bien sûr toujours la mort causée par les faits connus indépendants de l'âge. Si nous supposons que ce risque est une constante - pas seulement le même risque dans l'année X pour des gens de tout âge, mais aussi le même risque chaque année à partir de l'année X pour des gens de tout âge - alors clairement nous avons tous une "demi-vie", comme les matériaux radioactifs, ce qui signifie que nous finirons tous par mourir, comme tous les atomes des mêmes matériaux finissent par se désintégrer. Si nous avions tous le taux de mortalité des occidentaux d'aujourd'hui âgés de 11 ans, notre demi-vie serait d'environ 1000 ans.

Mais il n'est pas vraiment tout à fait réaliste de supposer que notre risque de mort provenant de causes indépendantes de l'âge restera constant indéfiniment, car nous ne tiendrons probablement pas à mourir de cette façon non plus et nous travaillerons toujours à l'amélioration de nos capacités technologiques afin d'éviter cela. Il est dangereux de présumer qu'il puisse y avoir des limites réelles à ce que nous serons capables de faire à cet égard dans un futur très lointain. Par conséquent, il vaut mieux s'intéresser à ce que serait notre espérance de vie si nous avions une amélioration continue et illimitée - supposons-la constante, par souci de simplicité - de notre aptitude à éviter la mort quelle que soit son origine. Supposez que votre risque de mourir dans les 1000 prochaines années soit de 0,5 , mais si vous survivez ces 1000 années alors votre risque de mourir dans les 1000 années suivantes sera seulement de 0,25 , et si vous parvenez à traverser ces 1000 années alors le risque de mort dans les 1000 années suivantes sera seulement de 0,125 , et ainsi de suite. Il s'avère que cette séquence n'a pas de zéro asymptote - vous avez à peu près 28 % de chance de vivre littéralement pour toujours, de ne réellement jamais mourir du tout, même si votre risque de mourir au cours d'un millénaire donné n'est jamais égal à zéro. Si le risque de mort diminuait d'un facteur plus petit que 2 pour chaque demi-vie initiale - disons qu'il serait de 0,5 , 0,3 , 0,18 etc - alors bien sûr la possibilité de ne jamais mourir ne serait pas aussi élevée que 28 %, et si le risque de mort diminuait par un facteur plus grand que 2, la possibilité de ne jamais mourir serait plus élevée que 28 %. Mais si c'est plus important que zéro, c'est-à-dire que vous avez une chance de ne jamais mourir, alors en fin de compte cela signifie que votre espérance de vie (le moment où vous avez 50 % de chance de vivre) est en fait illimitée, parce que les gens dont la durée de vie réellement est illimitée l'emportent sur ceux dont la durée de vie est limitée. C'est une version assez forte de vitesse de libération!

Vous pourriez penser que le scénario ci-dessus semble irréaliste, car il se trouvera certainement des diminutions de risques plus difficiles à obtenir que d'autres et le procédé ne fonctionne que si nous diminuons de moitié le risque tous les millénaires sans exception. Et bien alors, intéressons-nous à un scénario plus pessimiste selon lequel les diminutions de risque deviennent progressivement plus lentes à obtenir en moyenne. Par exemple, supposons que le temps de diminution double à chaque fois. En d'autres termes, le risque de mourir dans les 1000 prochaines années est toujours 1/2 , mais le risque de mourir dans la période suivante de 1000 à 3000 ans est 1/4 , le risque de mourir dans la période suivante de 3000 à 7000 ans est 1/8 , etc. Quelle proportion de gens peut alors vivre pour toujours? La réponse est: exactement la même proportion, 28 % que dans l'exemple précédent! Cela semble évident si l'on y réfléchit, car la proportion des gens qui vivent pour toujours est exactement la limite des séries (1/2)x(3/4)x(7/8)x...et par conséquent est indépendant du temps impliqué. Les courbes de survie de ces deux exemples prennent différentes formes - pendant les 5000 premières années environ, le risque de mort de chacun dans un certain millénaire est plus bas dans le second exemple que dans le précédent, et par la suite il est plus élevé - mais les deux courbes ont exactement la même asymptote.

Ferons-nous un jour de nous des êtres immortels?

Non. Parmi les formes de report du vieillissement et de la mort décrites ci-dessus, aucune - pas même la dernière - ne peut convenablement être assimilée à l'immortalité. L'immortalité signifie l'incapacité de mourir, c'est-à-dire la certitude de ne jamais mourir. Même dans le dernier cas cité, il demeure toujours une probabilité non-nulle de mourir à un moment donné - et en fait une probabilité non-nulle de mourir quelle que soit l'année en question. Ainsi cette dernière interrogation appelle une réponse simple: non, nous ne ferons jamais de nous des êtres immortels.



Les problèmes éventuels ou les questions à propos du site devraient être reportés au: Dr. de Grey